Le test de résistance de l’UE confirme la sécurité des centrales nucléaires suisses

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  • 10 janvier 2012, 15.27

Le test de résistance de l’Union européenne (UE) confirme à nouveau le niveau élevé de la sécurité des centrales nucléaires suisses et la pertinence des mesures prises sur la base des enseignements de Fukushima. Mais suite aux informations des exploitants, l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) a identifié huit autres points encore en suspens qui s’ajoutent aux 37 points de l’analyse de Fukushima. Pour l’IFSN, il faut clarifier la résistance sismique du barrage du Wohlensee.

 

« Les hypothèses de risque à la base du test de résistance de l’UE en Suisse sont sévères par rapport à d’autres pays », rapporte Rosa Sardella, chef du domaine de surveillance Systèmes. Elle a dirigé l’équipe qui a établi le rapport de la Suisse (PDF, 1,5 MB). De plus, les centrales nucléaires suisses présentent généralement des marges de sécurité dépassant les exigences légales en vigueur.

L’examen a montré que les centrales nucléaires suisses disposent d’un très haut niveau de protection face aux conséquences de tremblements de terre, d’inondations et d’autres dangers naturels. C’est également le cas en ce qui concerne la perte de l’alimentation électrique et le refroidissement du réacteur. En faisant référence à un problème conséquent ayant conduit à la catastrophe de Fukushima,  Rosa Sardella met en évidence un résultat du test de résistance : « un atout majeur des centrales suisses réside dans les systèmes de secours. Il s’agit de systèmes séparés et bien protégés. Ils servent notamment à la protection face à des événements externes d’ordre naturel ou humain. »

 

Le test de résistance confirme les mesures prises jusque-là

« Le rapport confirme également les mesures prises par l’IFSN après l’accident de Fukushima », souligne Hans Wanner, directeur de l’IFSN. L’autorité de surveillance helvétique a décidé de mesures urgentes via les décisions du 18 mars, du 1er avril et du 5 mai. Sur la base d’une analyse approfondie, l’IFSN a aussi formulé 37 points à contrôler dans le troisième rapport sur Fukushima publié à la fin octobre 2011.

 

Huit questions en suspens identifiées

En complément aux mesures engagées par ses soins, l’IFSN a identifié huit questions en suspens dans le cadre du test de résistance de l’UE. Pour ce faire, elle s’est basée sur les indications fournies par les exploitants. Le traitement des points retenus doit conduire à des mesures d’amélioration supplémentaires. Trois questions en suspens concernent la protection contre les tremblements de terre, deux la gestion des crises, un la protection en cas d’inondations, un autre la protection contre des conditions météorologiques extrêmes et une dernière la perte de l’alimentation électrique.

Dans le domaine de la protection contre les séismes, une question porte sur l’actionnement en cas d’urgence de l’arrêt automatique du réacteur par des instruments de mesures sismiques. L’ouvrage de protection du réacteur (l’enceinte de confinement) et le circuit primaire (dans lequel le moyen de refroidissement entre directement en contact avec l’assemblage combustible) seront soumis à un examen détaillé en relation à leur capacité à résister à un tremblement de terre.

Par ailleurs, l’IFSN souhaite étudier des mesures pour les centrales de Gösgen et de Leibstadt. Elles ont pour objectif d’améliorer la stabilité sismique du système de dépressurisation de l’enceinte de confinement (installation servant à l’évacuation de la surpression de l’ouvrage de protection du réacteur résultant d’un accident).

Dans le cadre de la gestion des crises, l’autorité de surveillance veut examiner l’alimentation électrique du système de dépressurisation en cas d’accidents majeurs. Il s’agit également d’évaluer si la conservation de l’étanchéité de l’enceinte de confinement à la suite d’une perte de l’alimentation (blackout) représente une mesure urgente.

Trois questions en suspens concernent :

  • les démonstrations de sécurité concernant des événements météorologiques extrêmes,
  • l’utilisation de générateurs diesel de secours mobiles en cas de perte de l’alimentation électrique,
  • les suites possibles de l’obstruction du lit des rivières avec effet de barrage. Il s’agit de l’obstruction de goulets d’étranglement dans les rivières, au niveau par exemple de ponts, de barrages ou de contours.

Ces cinq questions en suspens s’intègrent en tant que points à contrôler dans le plan d’action des enseignements tirés de Fukushima (publiés en octobre 2011). Le plan d’action 2012 pour les points de contrôle est établi pour fin janvier. Les exploitants des centrales ont jusqu’à 2015 pour mettre en œuvre les mesures.

 

L’IFSN émet des décisions

Les examens des exploitants réalisés dans le cadre du test de résistance de l’UE ont aussi mis en évidence que les marges de sécurité dans certains domaines isolés sont calculées de manière un peu juste. Relativement à la pratique de surveillance usuelle en Suisse, cette constatation porte à conséquence. « Là où les marges sont justes ou les informations insuffisantes, il faut clarifier la situation », constate Hans Wanner. L’IFSN ne veut donc pas attendre que les experts de l’UE aient terminé de vérifier le rapport national de la Suisse (en anglais, PDF, 1,5 MB) et présentera ses recommandations vraisemblablement en juin 2012.

L’IFSN a ainsi émis des décisions en vue d’éclaircir trois questions en suspens :

1. Toutes les centrales nucléaires suisses doivent maintenant vérifier la résistance sismique de l’isolation de l’enceinte de confinement du réacteur et soumettre les résultats obtenus à l’IFSN d’ici le 30 septembre 2012.

2. La surpression dans l’enceinte de confinement peut être réduite par filtrage via des systèmes de décompression de l’enceinte de confinement. Il s’est avéré que ces systèmes présentaient partiellement une résistance sismique plus faible que les enceintes de confinement afférentes. L’IFSN invite donc les centrales nucléaires de Gösgen et de Leibstadt à vérifier la résistance sismique de la décompression de l’enceinte de confinement et à lui présenter les résultats de ce contrôle d’ici le 30 septembre 2012. Des mesures d’amélioration de la résistance sismique du système de décompression de l’enceinte de confinement doivent être proposées d’ici le 31 décembre 2012.

3. Une autre exigence concerne l’obstruction du lit des rivières avec effet de barrage: obstruction possible de goulets d’étranglement dans les rivières, au niveau par exemple de ponts ou de barrages. Les centrales nucléaires de Gösgen et de Mühleberg doivent identifier d’ici le 30 septembre 2012 des rétrécissements susceptibles, en cas d’obstruction complète du lit, d’avoir une influence notable sur la situation en cas d’inondation. Elles doivent l’évaluer en perspective des conséquences sur la sécurité des installations.

 

Informations supplémentaires sur la résistance sismique

L’IFSN estime qu’il faut clarifier davantage la résistance sismique du barrage du Wohlensee. Le 1er avril 2011, la centrale nucléaire de Mühleberg avait été invitée, suite à une décision, à remettre d’ici le 30 novembre 2011 les démonstrations de la résistance sismique des équipements considérés pour la maîtrise d’un séisme survenant tous les 10’000 ans. Le barrage du Wohlensee en faisait partie. Aucune nouvelle démonstration de la stabilité statique de cet ouvrage n’a encore été apportée. L’IFSN exige que cela soit fait d’ici le 31 janvier 2012.

Par ailleurs, la centrale nucléaire de Mühleberg a jusqu’au 31 janvier 2012 pour présenter à l’IFSN des informations supplémentaires sur la résistance sismique de l’installation d’arrêt d’urgence du réacteur.

 

Examen du rapport national par des experts internationaux

Le test de résistance de l’UE correspond à la réponse des Etats européens abritant des centrales nucléaires à l’accident de réacteur de Fukushima à la suite du tsunami du 11 mars 2011.

Dans sa décision du 1er juin 2011, l’IFSN avait engagé les exploitants des centrales nucléaires suisses à participer au test de résistance de l’UE. La Commission Européenne en avait fixé le 25 mai 2011 le contenu et le calendrier. Les aspects suivants devaient être analysés :

  • Séismes
  • Inondations
  • Conditions météorologiques extrêmes
  • Perte de l’alimentation électrique et de la source froide ultime
  • Gestion de crises

Les exploitants ont remis à l’IFSN leurs rapports dans les délais fixés, soit au 31 octobre 2011. L’IFSN a analysé ces rapports, a élaboré le rapport national de la Suisse et l’a présenté à temps le 31 décembre 2011 à la Commission Européenne.

Les rapports nationaux finaux du test de résistance de l’UE sont maintenant soumis à l’analyse d’experts. Il s’agit du processus d’examen par les pairs, auquel participent des experts d’autres Etats membres ainsi qu’un représentant de la Commission Européenne. La Commission Européenne présentera les résultats finaux au Conseil de l’Europe lors de sa session fin juin 2012.

 

Poursuite des contrôles

Le test de résistance de l’UE ne signifie pas encore la fin du travail sur les conséquences de Fukushima en Suisse. Les exploitants ont jusqu’à fin mars 2012 pour apporter les démonstrations de la maîtrise d’un séisme survenant une fois tous les 10’000 ans et de la combinaison séisme – défaillance due au séisme de barrages dans la zone d’influence des centrales nucléaires. Ces démonstrations de sécurité sont soumises à des hypothèses de risque plus sévères que pour le test de résistance de l’UE.

L’IFSN examinera les démonstrations des centrales. Les résultats sont attendus jusqu’à la fin juin 2012. « S’il devait être prouvé que la sécurité de la population est menacée, l’IFSN ordonnerait la mise hors service de la centrale nucléaire concernée, pour autant que l’exploitant ne l’ait déjà fait », conclut Hans Wanner.