Centrale nucléaire de Leibstadt : hausse inattendue du débit de dose lors de l’entreposage du séparateur d’eau le 20 septembre 2018

Centrale concernée / titre

Centrale nucléaire de Leibstadt (CNL) : hausse du débit de dose lors de l’entreposage du séparateur d’eau

Date / heure

20 septembre 2018 / 01 h 50

Situation

Lors de la révision annuelle de 2018, le séparateur d’eau a été retiré de la cuve de pression du réacteur pour le changement de combustible. Il a été placé dans la piscine d’entreposage prévue à cet effet dans le confinement située au niveau 28 mètres. Le séparateur d’eau se situe au-dessus des éléments combustibles pendant le fonctionnement en puissance. Il sert à retirer l’eau contenue dans la vapeur montant depuis le cœur du réacteur. Le séparateur d’eau constitue l’une des nombreuses mesures permettant de maintenir à un niveau faible la teneur en gouttelettes d’eau de la vapeur circulant à travers les turbines. Il est ainsi possible de réduire l’effort réalisé sur les pales des turbines par la forte vitesse des gouttes d’eau qui arrivent sur elles. Pour permettre à la machine servant au chargement d’enlever les éléments combustibles du cœur du réacteur, le séparateur d’eau doit être retiré de la cuve sous pression du réacteur au début de chaque révision annuelle.

La piscine d’entreposage du séparateur d’eau est reliée à la fosse du réacteur. Elle est séparée de la fosse du réacteur par une poutre dite de barrage, qui est scellée contre les parois par un joint rempli d’air. Une fois que le niveau d’eau dans la piscine d’entreposage a atteint le niveau prévu, l’alimentation en eau doit être interrompue en fermant une valve. Par erreur, c’est l’alimentation en air du joint d’étanchéité de la poutre du barrage qui a été fermée, à tort.

Comme en même temps, le raccord anti-retour de la conduite d’alimentation en air ne fonctionnait pas en même temps, il y a eu une chute de pression dans le joint de la poutre de barrage. Celui-ci a perdu son étanchéité, de sorte que de l’eau venant de la piscine d’entreposage a coulé dans la fosse du réacteur. Le niveau d’eau dans la piscine d’entreposage a baissé jusqu’au bord inférieur de la poutre du barrage. La cloison de séparation fixe entre la piscine d’entreposage et la fosse du réacteur a empêché une baisse plus importante du niveau d’eau.

La diminution de la couverture d’eau a entraîné une réduction de la protection contre le rayonnement gamma émis par le séparateur d’eau. Le débit de dose mesuré est passé de 0,06 mSv/h à 2 mSv/h. Cette augmentation non planifiée du débit de dose aurait nécessité une mise à niveau du type de zone de W à Y, conformément à l’annexe 10 de l’ordonnance sur la radioprotection. Le type de zone indique la plage de valeurs dans laquelle se situe le débit de dose dans une zone définie spatialement. La définition des zones fait partie de la radioprotection opérationnelle et sert à la protection contre l’irradiation externe. Les zones sont marquées par des lettres, le débit de dose attendu augmentant de V à Z. L’augmentation non planifiée du débit de dose devait être obligatoirement notifié, conformément à la directive ENSI-B03. Aucune substance radioactive n’a été rejetée dans l’environnement. Les limites de dose n’ont pas été dépassées pour le personnel exposé professionnellement.

L’événement est dû essentiellement au non-respect de diverses exigences du système de management de la centrale nucléaire de Leibstadt en matière de planification et d’exécution des travaux. En outre, les mesures correctives prises à la suite d’événements antérieurs n’ont pas eu l’effet voulu. Ceux-ci étaient également imputables à des facteurs humains et organisationnels.

Classement (selon la directive IFSN-B03)  

INES : 1

Mesures de l’exploitant

La CNL prévoit d’améliorer l’identification des vannes dans le domaine de l’alimentation en air comprimé de la poutre de barrage afin d’éviter toute confusion future. De plus, l’alimentation en air du joint de la poutre du barrage sera mieux protégée contre un manque d’air.

Un audit interne doit permettre de contrôler les spécifications de la gestion de la qualité totale ( Total-Quality-Management ) en ce qui concerne la préparation de la planification de la radioprotection et leur respect. La mise en vigueur de la planification de la radioprotection doit être optimisée de manière à ce que les travaux radiologiques exigeants soient de préférence supervisés par le personnel de l’entreprise elle-même. Le personnel déployé dans le confinement au niveau 28 mètres doit posséder l’expérience nécessaire. Il doit aussi être familiarisé avec les conditions et les procédures. Les directives concernant le changement de relève et les briefings nécessaires doivent être pris en compte dans les directives de planification.

En outre, la CNL vérifie le positionnement et l’alarme de la surveillance permanente des rayonnements au niveau de 28 mètres de l’enceinte de confinement.

Mesures décidées par l’IFSN

Le CNL doit montrer à l’IFSN, dans une analyse appropriée, pourquoi les mesures définies par la CNL et résultant de l’analyse des causes des incidents précédents n’ont pas pu être mises à profit en ce qui concerne l’événement en question. Sur la base des résultats de l’analyse, les domaines d’action définis par la CNL, touchant toute l’organisation, ainsi que les mesures qui en découlent, doivent être adaptés.

En outre, la CNL doit expliquer par écrit à l’IFSN pourquoi l’appareil de mesure de dose local utilisé au niveau 28 mètres dans l’enceinte de confinement n’a pas laissé entendre de signal d’avertissement acoustique et quelle était l’importance de l’absence de ce signal pour le déroulement de l’événement.

Évaluation par l’IFSN

D’après le manuel de l’utilisateur INES 2008, la situation radiologique conduit à une classification de base INES 0. Mais, en raison des lacunes dans le domaine de « être humain et organisation », l’IFSN a reclassé l’incident à INES 1 (anomalie) après avoir évalué des facteurs supplémentaires selon le chapitre 5.2 du manuel de l’utilisateur INES 2008.

Critère pour la mise en ligne sur le site Web de l’IFSN

Niveau INES 1 ou supérieur

Dans son rapport de surveillance annuel, l’IFSN informe le public de l’ensemble des incidents soumis à obligation de déclaration dans le domaine de la sécurité nucléaire. Sur son site Web, l’IFSN fournit en permanence des informations sur les incidents qui répondent à l’un des critères suivants:

  • Niveau INES 1 ou supérieur
  • Déclenchement de systèmes de sécurité
  • Incident associée à une probabilité de l’endommagement du coeur de plus de 1 sur 100 millions
  • Incorporation de substances radioactives avec une dose effective de plus de 1 mSv

Etat: 7 février 2019